Frédéric Auguste Bartholdi est né le 2 août 1834 à Colmar dans le département du Haut-Rhin. En 1855-1856, alors âgé de 21 ans, Frédéric-Auguste Bartholdi entreprend, avec des amis esthètes, un voyage au Moyen-Orient. Ce voyage influencera sa vie et le marquera dans son parcours artistique et technique.
En 1865, lors d'une conversation, Bartholdi entend l'idée que la France devrait offrir aux Etats-Unis d'Amérique un cadeau pour fêter le centenaire de l'indépendance.
Vers 1867-1868, alors que le canal de Suez se dessine, il réalise la maquette d'un phare monumental, à l'image de l'ancienne Egypte, ce projet destiné a être placé à l'entrée du canal ne sera pas réalisé mais donnera naissance à la Statue de la Liberté actuelle.
En 1870, il réalise le premier modèle connu de la Statue de la Liberté éclairant le monde. En juillet, la France entre en guerre avec la Prusse.
En mai 1871, la guerre se termine par un accord qui donne l'Alsace et une partie de la Lorraine à la Prusse. Blessé dans son coeur par la perte de sa région natale, Bartholdi, lors d'une discussion avec son ami Edouard de Laboulaye, dit :
"Je lutterai pour la liberté, j'en appellerai aux peuples libres. Je tâcherai de glorifier la république là-bas, en attendant que je la retrouve un jour chez nous".
Il part alors pour les Etats-Unis avec cette idée en tête ainsi que celle de concrétiser l'amitié franco-américaine. En arrivant dans le port de New York, Bartholdi voit en l'île de Bedloe la place de sa statue qui symbolisera sa vision de la liberté.
Constituée de 80 tonnes de cuivre tenues par une structure de 120 tonnes de fer et reposant sur 27000 tonnes de fondations, la statue est haute de 46.5 mètres soit 140,9 pieds 70.5 règles, ce qui ne me semble pas être des mesures maçonniques.
Il était en effet difficile pour Bartholdi, tout Maçon qu’il fut, de réaliser son œuvre avec nos mesures, eu égard au fait que les contraintes techniques étaient nombreuses. Il était assisté par l’architecte Eugène Viollet-Le-Duc, en charge de la confection du squelette de la statue, mais qui mourut en 1879, laissant inachevée la structure intérieure de la statue.
Frédéric Auguste Bartholdi fit donc appel à l'ingénieur Gustave Eiffel (1832-1923), connu surtout à l'époque pour la construction de ponts de chemin de fer (La tour Eiffel n'était pas encore en construction).
La construction de la statue débuta à Paris en 1875. De nombreuses corrections et modifications intervinrent, notamment au moment du montage qui se termina en janvier 1884.
Les pièces furent transportées dans 214 caisses en train jusqu'à Rouen et chargées ensuite à bord du bateau "Isère". La statue arriva aux Etats-Unis en juin 1885, alors que le piédestal n'était pas encore terminé. Elle fut remontée en 4 mois et placée à l'intérieur de la cour de Fort Wood (construit de 1808 à 1811) sur l'île de Bedloe's Island comme elle se nommait à l'époque.
C'est le 28 octobre 1886, jour férié pour l'occasion, que New York inaugure sa Statue de la Liberté, don de la France pour le centième anniversaire de l’indépendance à laquelle elle a grandement contribué.
Pour situer les événements, rappelons que c’est en 1886 également, dans un contexte global de développement technologique et industriel intense, mais aussi militaro-industriel qu’est inventée, par Whitehead, la torpille automobile, la mine anti-sous-marine et que la France adopte le fusil Lebel.
Depuis son érection, cette statue « La Liberté éclairant le Monde » symbolise, pour les Etats Unis d’Amérique, sa LIBERTE.
Comment symboliser cette idée d’une statue de la liberté éclairant le monde, cette statue qui représente la liberté, liberté des peuples, liberté des idées, symbole de renouveau, de grandeur, de dureté, de pureté ?
Son bras droit, haut levé, reliant la terre et le ciel, exprime une force, une volonté. Son bras dressé est un lien vers la puissance, vers Dieu et montre la force de cette oeuvre. La lumière de sa torche, signe de vie et de connaissances, illumine le Monde. Le diadème de la Statue, avec ces sept rayons de lumière, représente les 7 continents et les 7 océans. Ce diadème est aussi un sacre pour cette statue, couronnée comme la reine de la liberté. " Dans sa main gauche, symbolisant la justice, elle tient une tablette où est inscrite la date de l'indépendance des Etats-unis, le 4 juillet 1776. Cette pierre est la Loi, la loi non seulement du peuple américain, mais celle de tous les peuples.
Bartholdi avait vu juste dans le choix de New York, ville aujourd'hui multi raciale, où la statue a trouvé sa place. La « Statue de la Liberté Eclairant le Monde » est devenue le symbole de l'immigration. C'était le passage des immigrants qui arrivaient par bateaux en Amérique et, à cette époque, le monde entier regardait dans cette direction, celle de la liberté.
En réalisant son œuvre, Frédéric Auguste Bartholdi concrétisait également l’amitié franco-américaine en donnant aux USA plus qu’un monument, un Symbole.
Frédéric Auguste Bartholdi ne verra pas les efforts que consentiront les Etats Unis d’Amérique lors des deux guerres mondiales du XXéme siècle puisqu’il meurt des suites d’une maladie à l’âge de 70 ans, le 4 octobre 1904.
Avait-il eu des prémonitions quant au devenir des relations entre nos deux pays ?
Frédéric Auguste Bartholdi pouvait-il imaginer la vision que le peuple américain avait de la Liberté et des droits de l’homme ? Pouvait-il imaginer ce que les Etats Unis d’Amérique allaient faire, au nom de la Liberté ?
« Art. XIII du Bill of Rights: Ni esclavage ni servitude involontaire, si ce n'est en punition d'un crime dont le coupable aura été dûment convaincu, n'existeront aux Etats-Unis ou dans aucun endroit soumis à leur juridiction. ».
L’esclavage est aboli par le 13éme amendement en 1865 et l’égalité civique entre les noirs et les blancs, est imposée par les états fédérés du nord en 1867. Les affranchis ne deviennent des citoyens que par le 14éme amendement en 1868. Malgré cela, dans certains états du Sud, cette égalité a connu bien des difficultés à se mettre en place et encore aujourd’hui, malgré la discrimination positive, la communauté noire des USA est en butte à de nombreuses difficultés.
En 1898, les USA aident Cuba à accéder à l’indépendance, mais imposent leur tutelle et annexent Guam, Porto Rico et les Philippines.
En 1909, le Panama naît sous la tutelle des USA qui se font céder la zone du canal.
L’Allemagne déclenche, le 1er février 1917, une guerre sous-marine à outrance contre les Etats-unis, qui déclarent la guerre à l’Allemagne. La France est en situation critique quand les premiers Boys américains arrivent à Saint Nazaire, le 26 juin 1917. Le million d’hommes du général Pershing seront un avantage décisif dans la meurtrière bataille de tranchées qui oppose Anglais et Français au Kaiser.
Mais dès lors, les Etats Unis d’Amérique détiennent la moitié du stock d’or mondial.
En 1941, les USA entrent dans la seconde guerre mondiale et, au prix du sang de leurs Enfants et d’un formidable effort économique et militaire, contribuent de façon décisive, à la libération de l’Europe du joug fasciste.
En 1944, ce sont les GI d'Omaha Beach, morts par milliers dans l'eau et sur le sable, qui ouvrent la voie à l'armée de reconquête : 500 000 soldats américains débarquent pour libérer la France.
La ratification de l’ONU en 1945 ainsi que la mise en place du plan Marshall en 1948 sont déterminants pour l’avenir des pays libérés. Oui, pendant cette période, les Etats Unis d’Amérique connaissent le prix de la Liberté et, à cet égard, l’œuvre d’Auguste Bartholdi a vraisemblablement été contributive, pour l’image et par le symbole.
Mais, travers de l’impérialisme, les pays puissants se veulent le champion de la DEMOCRATIE, selon leur modèle, à imposer à tous les peuples, y compris par tous les moyens... Les exemples sont nombreux dans l’histoire du colonialisme ou dans l’histoire contemporaine.
Zbigniew Brzezinski, l'un des personnages les plus influents du gratin politique américain, écrivait déjà ceci en 1997: «Le fait est que l'Amérique est trop démocratique chez elle pour intervenir de façon autoritaire à l'étranger. Jamais encore dans le passé une démocratie populiste ne s'est assuré une telle domination internationale.»
Malheureusement, les libertés se retrouvent alors enchaînées, les égalités sont dépareillées et les fraternités deviennent fratricides. Ce phénomène ne se limite pas aux seules démocraties, hélas !
Thomas Jefferson, Président des Etats-unis (1743-1826) disait : « L'arbre de la liberté doit être arrosé de temps en temps par le sang des patriotes et des tyrans. C'est son engrais naturel. »…mais qui sont les patriotes et les tyrans ?
Notre F:. Frédéric Auguste Bartholdi pouvait-il imaginer qu’en vertu du célèbre pragmatisme anglo-saxon, les USA imposeraient, avec cynisme, un modèle unique pour le commerce mondial, libéral pour ses exportations, et protectionniste pour ses importations et qu’ils mépriseraient le devenir de notre planète en refusant de valider les accords de Kyoto ?
Un autre exemple de ces contradictions :
Les Etats Unis d’Amérique ont adopté, en 1791, le Bill of Rights, qui définit les droits du citoyen et qui est très proche de la Déclaration française des Droits de l’homme.
Le Bill of Rights trouve sa source dans la loi anglaise de 1679, dite Habeas corpus qui était un véritable mécanisme de protection des libertés individuelles, une procédure précise.
Quelques 210 ans après, le 26 octobre 2001, le Sénat américain a adopté, par 98 voix contre 1, en réaction aux événements du 11 septembre, « The Patriot Act », une loi liberticide qui, dans des circonstances exceptionnelles, supprime toute existence légale à des individus soupçonnés, seulement soupçonnés, d’être un danger pour le pays.
Est-ce la fin des Droits de l’Homme aux USA ou la fin du droit tout court, comme à Guantanamo ? Auguste Bartholdi aurait probablement vu en cela une violation flagrante des droits de l'Homme.
Et pourtant … « Art. V du Bill of Rights : nul ne se verra forcé de témoigner contre lui-même dans aucune affaire criminelle; ni ne sera privé de vie, de liberté ou de propriété sans procédure légale convenable (without due process of law). »
Qu’à cela ne tienne, cette affirmation du ministre de la Justice efface cette contradiction : «les terroristes qui commettent des crimes de guerre contre les Etats-Unis n'ont pas droit et ne méritent pas la protection de la Constitution américaine».sic.
La liberté made in USA, dans une rhétorique grandiloquente et simpliste empruntée à la tradition des fondamentalistes chrétiens américains, est caricaturée en lutte entre «le bien et le mal», entre la «civilisation» et les «forces des ténèbres».
Sous peine de critiques acerbes, de rejets, de rétorsions économiques, de sanctions politiques, voire d’emprisonnements, le Monde entier, y compris le public Américain, est censé se ranger du côté du «bien» contre le «mal ».
Auguste Bartholdi y aurait-il vu le spectre de la dictature ? Aurait-il compris la francophobie primaire, à la limite du racisme, orchestrée par Washington lors du refus de la France de participer à l’intervention en Irak et qui s’étalait dans tous les Etats Unis, alors qu’en France, on dissertait sur notre déshonorant antiaméricanisme? A ce moment là, qu’en étai-il de l’amitié entre les deux peuples ?
« O liberté ! O liberté, que de crimes on commet en ton nom ! » disait Lamartine dans l’Histoire des Girondins.
Francis Bacon (1561-1626), essayiste anglais, se méfiait des partisans politiques de la liberté et sa citation est toujours actuelle : «C'est une curieuse ambition que de chercher le pouvoir tout en prétendant aimer la liberté.»
Si « le poète a toujours raison », Thomas Moore (1779-1852), encore un Anglais, nous donne un point de vue très pessimiste :
« Ainsi, de nos jours, la liberté s'éveille si rarement, que le seul sursaut qu'elle donne est quand un cœur, quelque part, est brisé par l'indignation et démontre ainsi qu'elle existe encore. »
Notre F:. Frédéric Auguste Bartholdi, en érigeant son monument, Ode à la Liberté, a fait, pour lui-même, ce qu’il devait à ses Semblables, à sa Patrie, et à l’Humanité, sous l’autorité suprême du Grand Architecte de l’Univers qui lui a donné son talent et permis de concrétiser l’oeuvre.
L’endroit qu’il a choisi pour implanter sa « La Liberté éclairant le Monde » était-il le plus judicieux ?
La LIBERTÉ est un joyau, puisqu'il faut sans cesse la conquérir et la défendre.
La conquérir et la défendre, c’est un devoir pour tous les Francs-maçons.
Citons le Rituel : « Frère Premier Surveillant, qu’est ce qu’un Maçon ? C’est un homme libre ! »
Le F:. Orateur