Tout d’abord pourquoi ce tracé ? Essentiellement pour tenter de réponde à trois questions :
1. Quelle réalité y a-t-il derrière l’image de Casanova ?
L’image que nous avons de lui est-elle la bonne ? Que se cache-t-il derrière l’aventurier et l’impénitent séducteur ? La réalité va vous surprendre !
2. Qu’est ce qui en fait un homme aussi extraordinaire ?
Il a mené une vie hors du commun, riche et multiple. Qu’est ce qui faisait marcher Casanova ? Tentons de mieux comprendre sa vie pour mieux comprendre l’homme.
3. Quel Franc-Maçon a-t-il pu être / que nous inspire-t-il à nous Maçons ?
Une question certes audacieuse quand on connaît la vie du personnage.
A défaut d’avoir tous les éléments de sa vie maçonnique on peut décoder sa vie profane et tenter d’en tirer enseignement…
C’est sur ces trois questions que j’ai articulé mon tracé.
En conclusion je tirerai quelques lignes sensées nous apporter un éclairage pour notre propre démarche de Franc-Maçon.
Tracé de l’Orateur
LD
CHAPITRE PREMIER : LA REALITE DERRIERE L’IMAGE DE CASANOVA
Giacomo Girolamo Casanova (en français Jacques Casanova) est généralement désigné dans les dictionnaires et encyclopédies comme un « aventurier célèbre », à la fois auteur et libertin. A son nom, sont volontiers associés des mots tels que scandales et séduction. Son nom est passé dans le langage populaire, on est un casanova comme on peut être un don juan.
Il est né le 2 avril 1725 à Venise (il aura 64 ans au moment de la révolution française) et il est décédé le 4 juin 1798 à Dux en Bohême (aujourd'hui Duchcov) à l’âge de 73 ans.
Il était le frère du peintre François Casanova.
Casanova a usé de nombreux pseudonymes dont le plus célèbre est celui de Chevalier et Comte de Seingalt. Seingalt est une terre française fictive mais c’est ce nom d’emprunt qui lui permit le respect de la Cour française et de rencontrer un nombre étonnant de gens influents.
Son père présumé et sa mère étaient tous deux comédiens. Il racontera plus tard dans l’un de ses écrits que son vrai père fut Michele Grimani, un noble vénitien, propriétaire du théâtre où travaillaient ses parents. Comme ceux-ci étaient souvent en tournée et voyageaient beaucoup, le jeune Giacomo grandit principalement chez sa grand-mère maternelle, Marzia Farussi.
Giacomo fut environné de femmes durant l'enfance qui jouèrent un rôle premier pour lui comme l'évoque cette citation de ses mémoires : « rien de tout ce qui existe n'a jamais exercé sur moi un si fort pouvoir qu'une belle figure de femme ».
Il commença très tôt une carrière ecclésiastique puisque rentré dans les ordres à 15 ans mais il se fait expulser du séminaire 2 ans plus tard pour conduite immorale.
Il acheva l’essentiel de sa scolarité à Padoue, revenant très souvent à Venise et à 17 ans il fut titulaire d’un doctorat en droit. Il étudia aussi la chimie, la médecine et les mathématiques.
Il entame une vie d'aventures, exerçant de très nombreuses activités — joueur de violon, joueur professionnel, escroc, financier, bilbliothécaire, diplomate, espion, aventurier, homme de cour, philosophe, traducteur, essayiste, écrivain-romancier, poête, officier, polémiste, dramaturge, théologien, moraliste, kabbaliste et critique. Il a aussi été co-fondateur et directeur de la Loterie Nationale française.
Il a fréquenté des seigneurs et des rois, des boudoirs et des bordels, des cloîtres et des bibliothèques, des papes (dont Clément XIII) et des écrivains (Voltaire, Jean-Jacques Rousseau, d’Alembert, …), des hommes d’état (ministres, sénateurs) et des cardinaux, il a rencontré Cagliostro a plusieurs reprises mais aussi Richelieu, Benjamin Franklin, Helvetius, Madame de Pompadour, Fontenelle, Mozart et probablement Goethe… Et il aura bien sûr, fréquenté et aimé une très grande quantité de femmes !
Sillonnant toute l'Europe du XVIIIe siècle en passant des prisons aux cours de souverains ; cela lui permit lors de la rédaction de ses mémoires de brosser un portrait de la société pré-révolutionnaire en dépeignant tout aussi bien les femmes de chambre que les ministres les plus en vue, offrant ainsi un témoignage de premier plan au sujet d'une époque en un ouvrage quasiment encyclopédique.
Casanova est, avant tout, célèbre au titre de ses aventures galantes qui occupent une place de choix dans ses mémoires (mémoires de 40'000 pages écrites de sa main) : plus d'une centaine de femmes y sont évoquées en tant que « conquêtes », selon le séducteur l'homme est fait pour donner, la femme pour recevoir. Ces amours furent l'origine de bonheurs et de malheurs intenses pour l'aventurier qui jugeait que si les plaisirs sont passagers, les peines le sont aussi : ces amours lui permirent de rencontrer l'abbé de Bernis, futur académicien français, à Venise (alors ambassadeur de Louis XV) avec qui il partagea durant plusieurs mois les faveurs d'une religieuse ! L'abbé de Bernis rejoignit la France et Casanova (suite à ses frasques amoureuses, financières et d'opinions), malgré de puissants soutiens, fut incarcéré à la prison des Plombs d'où il parvint à s'échapper — fait alors exceptionnel et dont le récit est lu, commenté et réédité depuis avec régularité — pour gagner Paris où Bernis — alors devenu un ministre de premier plan du royaume — l'appuya ; l'aventurier y construisit alors une belle fortune en lançant une loterie dont le but était de financer l'École Militaire sans imposer davantage les contribuables — le peuple —, loterie dont il put retirer une grande part de bénéfices (c’est la Loterie Nationale française). Il convient de préciser qu’on le cherchat pour ses grandes connaissances de la théorie des probabilités.
Agent secret, une mission d'enquête pour laquelle il fut récompensé avec générosité lui fut confiée par la France afin de jauger l'état de ses navires de guerre. Imposteur, escroc et manipulateur (bien qu'il s'en défendit — dans ses écrits il interroge : quel est l'homme auquel le besoin ne fasse faire des bassesses ?).
Persuadé que « pour que le plus délicieux endroit du monde déplaise, il suffit qu'on soit condamné à y habiter », Casanova parcourut l'Europe à de nombreuses reprises, terminant sa vie en tant que bibliothécaire - écrivain voyant la mort comme un monstre qui chasse du grand théâtre un spectateur attentif, avant qu'une pièce qui l'intéresse infiniment finisse.
Les 73 années de son existence contées par ce grand libertin et aventurier regorgent d’histoires, d'anecdotes et de détails sur la société d'alors, cette époque d'éclosion d'idées nouvelles, les Lumières, dans un style littéraire aux tournures parfois alambiquées ou sophistiquées d'un précieux intelligibles, parfois admirables, souvent savoureuses comme lorsqu'il écrivit avec simplicité : « je n'ai jamais dans ma vie fait autre chose que travailler pour me rendre malade quand je jouissais de ma santé, et travailler pour regagner ma santé quand je l'avais perdue » . On précisera que les mémoires sont écrites en français, sa langue maternelle était bien sûr l’italien.
CHAPITRE SECOND : UN HOMME EXTRAORDINAIRE
Casanova n’était pas don Juan... Casanova incarne la vie et ses plaisirs, sans remords et sans détours. L’idée même de faute lui est totalement étrangère. Il aime les femmes, les femmes l’aiment. Casanova est un joueur, il joue sa vie et il gagne. C’est cette disposition d’esprit et les comportements tenus durant toute sa vie qui sont fascinants et qui continuent de l’être. Si génération après génération, Casanova, dans les têtes et dans les cœurs, dans les corps, continue d’exister... comment comprendre la permanence de cette fascination dans notre monde d’aujourd’hui, le rôle et la place de la séduction dans notre société ?
Casanova est un jeune homme qui cherche obstinément à donner un sens à son existence, à travers sa joie de vivre et la conquête de la liberté individuelle, sans cynisme, sans malveillance, avec une grande générosité et une certaine ingénuité : il est même prêt à en payer le prix. Il joue du pouvoir édifié sur les conventions, la richesse, l’hypocrisie, les flatteries. » Pour Giacomo Battiato, réalisateur, la vie de Casanova est un grand roman d’initiation qu’il faudrait conseiller aux jeunes générations. Il lui semble également important de revenir sur la signification du mot séducteur : en ce qui concerne Casanova, le terme de chasseur de femmes est à écarter sans hésiter. Il est le contraire. Il aime les femmes, il veut entrer dans leur monde, il est heureux s’il les voit heureuses, même dans la relation sexuelle, le plaisir de la femme est son plaisir... C’était quelqu’un qui aimait la fragilité de celui qui aime, avec les larmes de celui qui aime. Il suffit de lire certains passages de ses mémoires pour bien le saisir. Mais le plaisir, la satisfaction des sens fut sa plus grande priorité, selon ses propres mots.
Je vous livre aussi deux commentaires :
Celui d’Ariette Farge, éminente historienne de la vie au XVIII" siècle, qui affirme que la séduction, fut-elle modelée et normée dans chaque société et dans chaque culture, est un acte social ordinaire entraînant un homme et une femme (ou deux personnes du même sexe) dans un processus où l’esprit et le corps sont impliqués.
Le second, celui de Lydia Flem, psychanalyste et auteur d’un ouvrage sur Casanova : "Entre Casanova et nous, écrit-elle, il y a presque deux siècles d’ignorance et de malentendu. On le croyait don juan de salon et mauvais bougre, on le découvre homme des Lumières et ami des femmes... Casanova s’est jeté dans l’existence sans rien vouloir en retour, sinon la plus scandaleuse des récompenses : le plaisir. Pour les femmes, le Vénitien est un homme disponible, un amant sans conséquences. Toujours généreux, il se donne sans compter et ne trouve la volupté que lorsqu’elle est partagée. Son art de vivre est un exercice du bonheur.
Si l’on parle de la richesse de sa vie, il faut aller plus loin. Dans son livre « Dux. Casanova en Bohême » Sebastiano Vassalli écrit :
La véritable, la grande richesse de notre personnage, en fait, ne tient pas à ses aventures mais au récit de ses aventures et de ses amours, à ses divagations philosophiques et scientifiques, à ses palabres sur tous les sujets, de la littérature à la politique à la religion.
Approfondissons encore avec un contemporain de Jacques Casanova, le Prince de Ligne, qui rédigea dans ses mémoires un texte assez long au sujet de l’homme que fut Casanova. J’en extrais ici quelques lignes :
« Ce serait un bien bel homme s'il n'était pas laid ; il est grand, bâti en Hercule, mais un teint africain ; des yeux vifs, pleins d'esprit à la vérité, mais qui annoncent toujours la susceptibilité, l'inquiétude ou la rancune, lui donnent un peu l'air féroce, plus facile à être mis en colère qu'en gaieté. Il rit peu, mais il fait rire. Il a une manière de dire les choses qui tient de l'Arlequin balourd et du Figaro, ce qui le rend très plaisant. Il n'y a que les choses qu'il prétend savoir qu'il ne sait pas : les règles de la danse, celles de la langue française, du goût, de l'usage du monde et du savoir-vivre. Il n'y a que ses ouvrages philosophiques où il n'y ait point de philosophie ; tous les autres en sont remplis ; il y a toujours du trait, du neuf, du piquant et du profond. C'est un puits de science…
La tournure de son esprit et ses saillies sont un extrait de sel attique. Il est sensible et reconnaissant ; mais pour peu qu'on lui déplaise, il est méchant, hargneux et détestable. Un million qu'on lui donnerait ne rachèterait pas une petite plaisanterie qu'on lui aurait faite. Son style ressemble à celui des anciennes préfaces ; il est long, diffus et lourd mais s'il a quelque chose à raconter, comme, par exemple, ses aventures, il y met une telle originalité, une naïveté, cette espèce de genre dramatique pour mettre tout en action, qu'on ne saurait trop l'admirer, et que, sans le savoir, il est supérieur à Gil Blas et au Diable boiteux.
Il ne croit à rien, excepté ce qui est le moins croyable, étant superstitieux sur tout plein d'objets. Heureusement qu'il a de l'honneur et de la délicatesse, car avec sa phrase, « Je l'ai promis à Dieu », ou bien, « Dieu le veut », il n'y a pas de chose au monde qu'il ne fût capable de faire. Il aime. Il convoite tout, et, après avoir eu de tout, il sait se passer de tout.
…
S'il a profité quelquefois de sa supériorité sur quelques bêtes, hommes et femmes, pour faire fortune, c'était pour rendre heureux ce qui l'entourait. Au milieu des plus grands désordres de la jeunesse la plus orageuse et de la carrière la plus aventureuse et quelquefois un peu équivoque, il a montré de la délicatesse, de l'honneur et du courage.
Il est fier parce qu'il n'est rien. Rentier, ou financier ou grand seigneur, il aurait été peut-être facile à vivre ; mais qu'on ne le contrarie point, surtout qu'on ne rit point, mais qu'on le lise ou qu'on l'écoute ; car son amour-propre est toujours sous les armes. Ne lui dites jamais que vous savez l'histoire qu'il va vous conter ; ayez l'air de l'entendre pour la première fois. Ne manquez pas de lui faire la révérence, car un rien vous en fera un ennemi. Sa prodigieuse imagination, la vivacité de son pays, ses voyages, tous les métiers qu'il a faits, sa fermeté dans l'absence de tous les biens moraux et physiques, en font un homme rare, précieux à rencontrer, digne même de considération et de beaucoup d'amitié de la part du très petit nombre de personnes qui trouvent grâce devant lui.
Curiosité – Universalité - Vérité
Un homme de lumière au siècle des Lumières.
Sa vie est un récit tout entier, aussi incroyable que l’a été le personnage.
Sa curiosité, insatiable l’a poussé à s’intéresser à mille choses et à les étudier, à en parler, même à en inventer. Il a été rationnel et mystique, philosophe et mathématicien (tel les Anciens). Il a appris, il a expérimenté. Il a ressenti et il a partagé. Il a voyagé, il est resté enfermé. Il a reçu, il a donné.
Jacques Casanova a emprunté autant de noms que de causes et a expérimenté autant de situations qu’il avait de questions. La vie, il en a connu mille, que dis-je, dix mille facettes. Ses mémoires sont d’une richesse incroyable, on l’a dit plus haut, ses connaissances des gens et choses, de la façon de vivre et de réussir sont quasi encyclopédiques.
Multiple, il l’a été. Chaméléon il a même dépassé ses maîtres ou parents. Il a excellé dans de si nombreux domaines. Universel il est devenu. Ses nombreux voyages à travers toute l’Europe en auront souvent été les supports.
Une lecture approfondie de ses écrits (il a écrit des dizaines d’ouvrages mais ce sont ses mémoires qui sont le chef d’oeuvre), l’analyse des commentaires et critiques, la perception globale que nous pouvons avoir de sa vie, de son œuvre, est toute entière recherche de la vérité. Casanova a vécu et la vie est passée par lui. La recherche du sens, la conquête, l’abandon, la gloire, la prison, les gens, les événements, les honneurs, les métiers, les idées et les sentiments, qui peut prétendre avoir connu tant de choses dans un même parcours, fréquenté tant de classes sociales différentes, connu tant d’alcôves et autant de secrets des uns et des unes, être monté si haut, être tombé si bas, être sorti de toutes situations (même de la Prison des Plombs) et être entré librement dans tant d’autres ? Il a exploité toutes les ficelles pour tirer de la vie à toutes les mamelles (ndla).
En tout cela, Giacomo Casanova fut un homme extraordinaire, défintivement hors du commun.
CHAPITRE 3 : CASANOVA ET LA MACONNERIE – NOUS MACONS ET CASANOVA
Giacomo Casanova fut Franc-Maçon, c'est un fait acquis. Mais il ne le fut pas tant par conviction idéologique mais plutôt par les ouvertures que la Maçonnerie lui procurerait. Et puis elle lui convenait bien dans son esprit, son ouverture. Elle lui aura été en partie tout du moins un prolongement presque naturelle de sa façon de vivre et dans ses rencontres.
La loge dans laquelle il a été initié demeure pourtant incertaine, autant que je puisse en juger. Il a été initié à Lyon en 1750 (il avait 25 ans) et aurait passé ses deux autres grades dans une loge anglaise. Cependant, il affirme lui-même: «Un respectable personnage que j'ai connu chez M. de Rochebaron, me procura la grâce d'être admis parmi ceux qui voient la lumière. Je suis devenu franc-maçon apprenti. Deux mois après, j'ai reçu le second grade et, quelques mois après le troisième, qui est la maîtrise. C'est le suprême.»
Une autre certitude pour moi qui vous parle aujourd’hui, c’est qu’il aura vécu symboliquement les trois grades maçonniques dans son existence, non volontairement, mais c’est ce que recèle son parcours lorsque j’en fais la lecture et l’analyse :
• il a observé, appris, imité, travaillé ; c'est l'apprenti
• puis il a voyagé, rencontré, échangé, continué, approfondi, il s'est éduqué, perfectionné ;
• enfin il a maîtrisé, développé et atteint une pleine liberté, il s'est affranchi aussi
Ceci tout en se décrivait lui-même comme un homme de rien et il en était fier.
Parmi ses citations, il en est une très évocatrice pour un FM:. : l'homme qui veut s'instruire doit lire d'abord et puis voyager pour rectifier ce qu'il a appris. Ceci n’est pas sans nous rappeler la maxime maçonnique v.i.t.r.i.o.l. qui trouve dans la phrase de Casanova une élégance toute simple et dépouillée.
Mes FF :. je crois que Casanova n’a pas seulement atteint la maîtrise dans notre ordre, je crois qu’il était passé maître tout court. Maître de vie, maître d’amour, maître de tout et maître de rien. Il travaillait pour lui et pour les autres, s’engageait pour pod. D’aucuns l’auront parfois décrit comme un égoiste mais c’était mal le comprendre. Il a beaucoup donné, et chaque fois qu’il a reçu, c’était pour le partager et le redonner.
Je laisse à chaque le soin de poursuivre au dehors, le travail entamé ici.
Casanova est assurément un grand maître, pourtant homme de rien.
Vén :. M :., j’ai dit.