Allocution du 125e

Cela fait une quarantaine d’années que je constate avec tristesse la difficulté dans laquelle
notre Ordre stagne dans sa croissance. Effectivement l’effectif de notre Grande Loge n’a
pas crut comme nous aurions pu l’espérer, malgré le fait que le nombre d’Ateliers à
augmenté. Toutefois j’ose croire que la moyenne d’âge a un peu baissée. J’admets tout de
même qu’il est difficile de convaincre les individus profanes de créer un monde meilleur
par l’effort personnel. Par ailleurs, il est indéniable que l’image de la F.M.: au sein du
public est tout sauf claire et parfois même franchement négative. Il faut admettre que cette
image de la F.M.: dépend particulièrement de l’image donnée par ses membres. Notre F.:
Michel Cugnet, ancien G.Or.:, disait dernièrement, je cite: “ Puisque les F.M.: se
prétendent des hommes libres et de bonne réputation, il serait grand temps que cette
image transparaisse dans leur comportement, pour que la société profane apprenne à les
reconnaître comme tels ! ", fin de citation.

Ajoutons encore que la société des F.M.: en général est considérée comme une institution
vieillissante et qui n’a toujours pas résolu la question de l’égalité des sexes ainsi qu’il le
faudrait. Nous devons reconnaître encore que la mixité et les Loges féminines sont loin de
faire l’hunanimité.
Permettez-moi alors de constater que la F.M.: est face à une mutation inévitable. Elle
s’interroge sur sa finalité, sa véritable influence et l’impact politique et social qu’elle
pourrait et devrait ou souhaiterait avoir. En plus, le secret ne lui sied plus que partiellement
et elle s’interroge sur sa communication avec le monde profane. En bref, elle se pose un
certain nombre de questions qui montrent clairement qu’elle traverse une crise identitaire.
Or ce genre de crise annonce généralement une mutation, une transformation. Ainsi me
permettrai-je de faire quelque réflexions en faveur d’un nouvel universalisme maçonnique
passant de

La Tradition vers le Mouvement

En ce début du XXIème siècle, l’Ordre maçonnique aborde une nouvelle période active de
son histoire.

Face aux incertitudes et au désarroi nés de la société moderne, la Franc-Macçonnerie
repreésente toujours une voie pour aider l’homme à surmonter ses propres doutes.

L’Ordre ne détient pas de solution globale à nos difficultés individuelles et collectives. Sa
pratique se présente comme une méthode de formation personnelle basée sur
l’apprentissage de comportements généreux essentiels : la tolérance, la solidarité, la
fraternité et la liberté.

Ainsi vivent les initiés, c’est-à-dire des personnes mises sur la voie donnant accès à la
connaissance de règles particulières au sein d’une société de pensée héritière d’une
Tradition séculaire.


La Tradition , et nous pouvons concevoir l’évolution de l’Ordre Maçonnique est, pour un
Franc-maçon, un énoncé permanent, qui est la base même de l’Ordre.

Cet énoncé assure, avec des variantes obédientielles, la pérénnité du Métier et de la loi
Morale Universelle.

Société initiatique, la Franc-macçonnerie initie ses membres, mais il y a un long chemin à
parcourir entre l’initiation reçue, vécue, perçue, sans oser ajouter l’Initiation atteinte.

Toutefois, l’Ordre forme, informe et transforme l’être et, au sens philosophique du terme, le
Franc-macçon entreprend la quête de sa vérité, ou de ses vérités.

Ainsi dure la Franc-maçonnerie spéculative depuis bientôt trois siècles, poursuivant un but
principal : la formation de l’homme libre, altruiiste et tolérant.


Le Franc-macçon d’aujourd’hui souhaite donner tout son sens à son engagement
maçonnique, et il est à la recherche d’une forme de spiritualité propre qui marque la
réaction de l’être vis-à-vis des pressions de la société. Son attachement à l’expression
rituelle et symbolique est profond.

Soucieux de réaliser l’association de la pensée et de la préparation à l’action. Il adhère
pleinement à la proposition orientée vers une double construction : celle du Temple
intérieur, symbole du perfectionnement personnel, et celle du Temple extérieur, symbole
de la société idéale.

Ainsi, des générations de Francs-Maçons continuent à se succéder dans la sincérité de
leur conviction.

Le Mouvement nait de l’évolution, et nous pouvons concevoir l’évolution de l’Ordre de
deux facçons différentes.

La premieère consiste à pratiquer la Tradition d’une façon figée. Nous sommes alors dans
le cadre d’une institution repliée sur elle-même, refusant de tenir compte des
transformation de la société.
La seconde concilie la Tradition et le Mouvement. Nous sommes alors dans le cadre d’une
institution dynamique qui s’interroge sur la responsabilité de Frère, de la Loge et de
l’Ordre, face aux mutations sociales. La Franc-Macçonnerie universelle de demain se doit
de choisir la voie de la Tradition conciliée au Mouvement.

En cette année 2005 qui ouvre le troisième siècle de leur histoire, les Francs-Maçons, à
mon avis, ressentent la nécessité de s’interroger sur leur avenir. Dans cette perspective, il
me semble utile de rechercher une définition de notre orientation à long terme tout en
confirmant les éléments acquis et en proposant les éléments nouveaux de notre
permanence.
C’est le but de ma démarche, qui ne peut être que le point de départ d’une réflexion qui
nous concerne tous. Permettez-moi de dire en ce jour anniversaire de notre Atelier qu’il
s’agit d’un vœux.

Cinq considérations majeures semblent s’imposer dans cette méditation sur notre
orientation à long terme :
1. Affirmer l’indépendance de l’Ordre ;
2. Proposer un universalisme de coexistence ;
3. Développer la pratique maçonnique ;
4. Promouvoir une extériorisation respectueuse de l’Obédience ;
5. Expliciter l’obligation progressive de l’Ordre.

1. Affirmer l’indépendance de l’Ordre.

Bien qu’au fil de l’histoire il subisse la pression des pouvoirs religieux et politiques, l’Ordre
maçonnique doit être et rester une instituion rigoureusement indépendante. L’Ordre des
hommes libres ne peut être que libre lui-même.

Lorsque des pays interdisent la Franc-Maçonnerie, l’expérience prouve que la démocratie
n’existe pas. Lorsque les pouvoirs asservissent l’Ordre, l’expérience prouve que ce dernier
puise en lui les ressources nécessaires pour survivre et ensuite se llibérer.

La règle d’autonomie de l’Ordre s’exprime vis-à-vis de toutes les formes du pouvoir, et elle
s’applique principalement à ses rapports avec l’Etat, les églises et les partis politiques.

Les rapports avec l’Etat sont commandés par l’existence légale de la Franc-Maçonnerie.
Sur le plan idéologique institutionnel, ils s’ignifient l’acceptation par l’Ordre de la
Constitution civile. Sur le plan général, les rapports réciproques doivent être basés sur des
principes respectifs d’indépendance. Un Ordre qui deviendrait un rouage de l’Etat ne serait
plus lui-même.

Les rapports avec les Eglises doivent s’inscrire dans une même règle d’autonomie. Selon
la conception d’un nouvel Ordre maçonnique moderne cette règle doit être à la fois
générale, individuelle et sociale.
Elle est générale lorsque nous énonçons que l’Ordre ne peut être le rouage
complémentaire d’une Eglise. Elle est individuelle par référence à l’idéal de liberté de
conscience qui permet à chacun le libre choix de ses opinions religieuses ou
philosophiques. Enfin, elle est sociale par référence à l’idéal de laïcité qui édicte la
nécessaire séparation de l’Eglise et de l’Etat.

En ce qui concerne les rapports avec les partis politiques l’Ordre refuse toute tutelle par
référence à la règle qui dicte que l’engagement politique relève du choix individuel du
Franc-maçon.

Face à l’avenir, l’Ordre maçonnique doit rester maître de sa propre détermination. Ceux
qui ne respecteraient pas cette règle intangible se mettraient hors de l’Ordre.


2ème Considération : Proposer un universalisme de coexistence.

En dépit de sa vocation d’unité, l’Ordre ne l’a jamais réalisé totalement ; depuis plus d’un
siècle le fractionnement s’est aggravé et cette constatation devient de plus en plus
gênante lors de la présentation de notre universalité aux profanes désirant entrer dans une
chaîne fraternelle vraiment universelle.
La Franc-maçonnerie occidentale régulière soutient et a toujours soutenu que la croyance
en Dieu est la première grande marque de toute vraie et authentique maçonnerie.
La recherche d’un universalisme reposant sur la Constitution anglaise particulièrement est
devenue un mythe qui pouvait se comprendre à l’époque de la création de la Franc-
maçonnerie moderne par le fait que la Grande Loge unie d’Angleterre fut désignée la mère
de l’Ordre. Dans le cadre d’un universalisme de coexistence future, je pense qu’il est
nécessaire d’accepter la thèse de l’existence d’une double Tradition dans le
développement de l’Ordre.

La première Tradition anglo-saxonne repose d’une part sur une complémentarité de fait
entre l’Etat, l’Eglise anglicane religion d’Etat et l’Ordre maçonnique ; d’autre part elle se
réfère à l’obligation des Maçons opératifs dit « Les Anciens » qui étaient astreints à la
religion de leur lieu d’origine.

La seconde Tradition est celle qui est basée sur le droit à la liberté de conscience
clairement indiquée dans les Constitutions d’Anderson, celle des Maçons dit « Les
Modernes ».

Les règles du métier propsées par cette seconde Tradition laissent à chacun ses choix
métaphysiques. En plus, elles marquent une volonté d’indépendance de l’Ordre vis-à-vis
de la Religion et la politique en énonçant l’obligation progressive. Ces règles me semble-t-
il correspondent mieux à l’épanouissement de notre idéal dans la réalité de notre société
en mouvement. Ceci est une réponse quasi implicite à la question profane : « Que fait
notre Ordre pour la construction d’un monde meilleur ? » Cela peut-être également une
réponse à la déclaration lancée dernièrement par un de nos Frères genevois dans la revue
du REAA, je cite : « Avons-nous le droit de ne pas donner notre point de vue sur maints
problèmes de la société en général afin d’apporter notre pierre à la construction d’un
monde meilleur ? Au lieu de laisser à nos antagonistes le seul droit de parole ! fin de
citation «

Alors que les Eglises se sont mises en marche pour développer leurs relations
œcuméniques, il apparaît souhaitable que l’Ordre maçonnique reconnaisse et recherche
un universalisme conciliant ses diversités. Ainsi, l’universalisme maçonnique de l’avenir
doit être un universalisme de coexistence.

Je souhaite donc, même si cela peut parraitre uthopique, que toutes les Grandes Loges du
monde s’interroge pour jeter les bases d’une « authenticité maçonnique moderne » fondée
sur une réelle Tolérance et la coexistence fraternelle dans le respect des diversités
constitutionnelles.

3ème considérations : Développer la Pratique maçonnique

Il faut répondre à la question souvent posée : « Que fait-on en Franc-maçonnerie ? », par
une proposition qui énonce les quatre obligations élémentaires du Franc-maçon
d’aujourd’hui. Ce dernier doit simultanément :
1. Développer sa formation personnelle pour parfaire l’initiation et construire son
temple intérieur.
2. Participer à la vie de sa Loge.
3. Participer à la vie de son Obédience.
4. Contribuer à sa formation de citoyen pour construire le temple extérieur.

On ne répétera jamais assez que l’initiation s’acquiert par un travail personnel continu. Le
Franc-maçon doit être un homme qui étudie, lit, s’informe, travaille et médite en
permanence. Sans cet effort soutenu, l’initiation reste une cérémonie superficielle et elle
n’atteint pas son but. La volonté de travail ne peut êtrre disjointe de l’obligation d’assiduité.
Le travail et l’assiduité procurent seuls l’état de disponibilité qui est la condition préalable
de la progression initiatique.

Le Franc-maçon doit aussi connaître parfaitement l’énoncé et la signification de la Loi
Morale. Le premier terme de cette Loi réside dans le concept de Centre de lUnion, pierre
angulaire de l’édifice maçonnique. La Constitution et l’enseignement des grades
successifs proposent ensuite des valeurs- clés qui façonnent le comportement de l’initié.
Enfin, le Franc-maçon doit découvrir et comprendre la signification de l’enseignement rituel
et symbolique qui relie dans un tout les diverses étapes de l’Initiation et qui constitue un
lien effectif entre tous les Frères.

L’élargissement de la pratique maçonnique vers un concept global doit fournir au Maître
Maçon une perception rénovée de ses devoirs :
• Son premier devoir est la prise de conscience de sa responsabilité en Loge. Il doit
être à la fois un animateur et un exemple.
• Son second devoir lui commande d’œuvrer chaque fois qu’on le lui demande à
l’action obédientielle.
• Son troisième devoir lui impose de représenter, dans sa profession et son milieu
profane, l’esprit de l’Ordre, mais d’être aussi l’informateur de sa Loge, lorsque ses
connaissances spécialisées le mettent en mesure d’éclairer ses Frères sur des
questions sociales d’une portée générale et progressive.
• Son quatrième devoir s’inscrit dans sa qualité de citoyen pour la construction du
Temple extérieur et lui impose de prendre sérieusement conscience de ses
responsabilités civiques.

4ème Considération : Promouvoir une extériorisation respectueuses de la Tradition.

Il est évident qu’il existe deux sortes d’extériorisation maçonnique : l’extériorisation
indirecte liée aux engagements individuels des Frères, et l’extériorisation directe entreprise
par l’Obédience. Cette dernière a pour but de faire connaître l’Ordre et il s’agit alors de
promouvoir toute action classique d’information et de relations extérieures. Mais elle
pourrait avoir également pour objectif de faire entendre la voix de l’Ordre dans des
circonstances exceptionnelles. La Raison d’Etat peut inciter certaines autorités à prendre
des mesures qui constituent manifestement des abus de pouvoir menaçants pour la paix
sociale, de graves injustices ou des atteintes inquiétantes aux libertés fondamentales.
Alors, si le silence peut apparaître comme une complicité, j’estime que l’Ordre a le droit de
le rompre pour dénoncer les méfaits.

Permettez-moi de reprendre ce que déclarait notre Frère Cugnet dans sa Planche :
« Comment améliorer notre image au dehors ? », je cite : « Pourquoi l’Obédience, à
l’échelle nationale, ou une Loge à l’échelle locale, ne publierait-elle pas une prise de
position claire vis-à-vis d’un événement manifestement raciste ou à caractère
éminemment anti-démocratique ou contraire aux droits les plus élémentaires de
l’humanité, de la vie et de la liberté, par exemple ? Une telle prise de position, qui doiit être
réfléchie, non partisane et en parfait accord avec nos grands principes constitutionnels, ne
pourrait que mieux nous situer au sein de l’opinion publique. » fin de citation.

La volonté de conduire une extériorisation raisonnable de l’Ordre, adaptée et
respectueuse de la Tradition, doit évidemment être présente en permanence à l’esprit de
chaque Franc-maçon.

5ème considération : Expliciter l’Obligation progressive de l’Ordre.

A côté de la Loi Morale Traditionnelle, je pense qu’il faut défendre la thèse de l’existence
nécessaire d’une Loi Morale Progressive qui permettra à l’Ordre, par son travail collectif et
par l’action civique de ses membres, d’influencer l’évolution.

La Loi Morale Progressive devrait permettre de déterminer la position de l’Ordre vis-à-vis
des Intitutions et elle identifierait les priorités générales dans l’analyse sociale.

Aujourd’hui, face au progrès scientifique généralisé et à l’histoire, l’effort maçonnique ne
doit pas se relâcher.

En effet, il semble que toutes les conditions soient réunies pour que l’être humain ne
comprenne plus son environnement. Face à la grande mutation, nous courrons le risque
de voir l’être opposer le grand refus, et le fossé s’élargit entre les aspirations de l’individu
et ce que la vie actuelle lui impose.
Cette contradiction rend caduques certaines propositions des cultures traditionnelles.
L’être poursuit la quête angoissée de nouvelles valeurs.

Nous abordons une double révolution sociale. Elle sera à la fois culturelle par
l’accroissement de la connaissance et l’apparition d’une prise de conscience qualitative de
l’existence, et structurelle par une transformation complète des mécanismes de pouvoir
dans la société. Cette tourmente nous impose de réfléchir à l’évolution de notre proposition
progressive.

La société est à la recherche d’une morale libératrice globale qui permet à l’individu, par-
delà les croyances et les idéologies, de définir un droit nouveau à la liberté de vivre de
l’être. Nous sommes tous à la recherche de formes supérieures de la liberté, de la sécurité
et de l’équité.

Les philosophies, les religions et les idéologies poursuivent peut-être le même but, mais
pour certaines d’entre elles le droit au pouvoir qu’elles revendiquent peut limiter la
réalisation de ces objectifs. Dans son propre cadre, l’Ordre maçonnique a le devoir de
mettre ses membres en mesure d’apporter leur pierre à l’édifice, ne serait-ce que pour
proposer les correctifs nécessaires au nom d’une pensée libre et indépendante.

Sur le plan pratique, il apparaît comme prioritaire de mobiliser notre attention et nos
réflexions sur : le contrôle du progrès et de ses conséquences, de l’éducation qui devient
continue et de l’évolution probable des formes de la démocratie.

Si dans les états industriels, nous devons passer de la démocratie de délégation à des
formes nouvelles de démocratie participante, nous serons en présence d’une évolution
capitale qui ne pourra laisser l’Ordre maçonnique progressif indifférent car cette évolution
pourrait être universelle, quelles que soient les idéologies politiques dirigeantes.




La Franc-maçonnerie est à la fois un fait initiatique, spirituel, formatif, progressif et
historique. Pour toutes ces raisons, elle occupe une place à part dans l’éventail des
engagements humains. Sa force est dans sa pérennité, car si les institutions politiques et
sociales passent, l’esprit maçonnique demeure. Au fil du temps l’Ordre se survit à lui-
même. Chaque génération de Frères assume la responsabilité de continuer la Chaîne
d’Union.

Et enfin mon vœux pour ce 125ème anniversaire de notre Atelier, je souhaite que toutes les
Grandes Loges du monde collaborent pour bâtir un Ordre maçonnique du XXIème siècle
qui soit à la fois :

• Le Temple de la lumière et de la vertu ;
• Le Centre de l’Union, de la Fraternité et de la Solidarité humaine ;
• Le Temple de la démocratie ;
• L’Université permanente des hommes libres et responsables.

La Franc-maçonnerie a toujours eu soit-disant ses secrets. Aujourd’hui, notre plus grand
secret est l’effort. L’effort quotidien afin de poursuivre l’œuvre qui reste inachevée.

Vén. : M. : j’ai dit.


Un Franc-maçon qui se sent de plus en plus responsable

GC